Jeffrey Napierala et Amy Kaufman – Aux yeux des élèves étrangers, l’enseignement postsecondaire ne se limite pas aux études

Au cours des mois pendant lesquels on a mis intégralement en ligne l’enseignement postsecondaire à cause de la pandémie, les élèves ont craint de ne pas en avoir pleinement pour leur argent. On a surtout prêté attention aux difficultés de la prestation des cours en ligne, mais il ne faut pas oublier que les élèves ne fréquentent pas les collèges ou universités strictement pour faire un apprentissage en classe : de fait, leurs objectifs à ce chapitre sont vastes et variés. Pendant que le système s’efforce de mettre en œuvre à grande échelle l’enseignement et l’apprentissage en mode électronique, il importe de tenir compte des conséquences de la pandémie sur les objectifs des élèves au-delà des études.

Chez les élèves étrangers, notamment ceux qui souhaitent s’établir au Canada (68 % des élèves étrangers potentiels en 2017), les effets de la pandémie risquent de se faire sentir à long terme. Bien entendu, les élèves étrangers obtiennent un titre d’études postsecondaires. Mais ils en viennent également à acquérir des compétences linguistiques et culturelles, à tisser un réseau social et à prendre de l’expérience sur le marché du travail, ce qui optimisera leur préparation à dénicher un emploi spécialisé au Canada, une fois leurs études terminées. Aux termes de la catégorie de l’expérience canadienne, cheminement vers la résidence permanente que suivent fréquemment les élèves étrangers, il faut avoir acquis au moins une année d’expérience de travail à un poste de gestion, à un poste professionnel ou dans un emploi technique ou spécialisé pour présenter une demande de résidence permanente.

C’est donc dire que pour perfectionner leurs compétences, suivre un enseignement et acquérir de l’expérience en Ontario, les élèves étrangers ont consenti à acquitter des droits de scolarité et des frais nettement supérieurs à ceux des élèves ontariens. En 2019-2020, les droits de scolarité payés par les élèves étrangers de premier cycle étaient cinq fois plus élevés que ceux de leurs homologues de l’Ontario.

Il est possible que les enjeux soient encore plus considérables chez les élèves issus d’un pays caractérisé par un faible essor économique ou un gouvernement autoritaire. Les perspectives d’emploi dans leur pays d’origine risquent de se révéler restreintes, instables et mal rémunérées; de plus, il peut y avoir là-bas une forte instabilité sociopolitique ou des enjeux urgents liés au changement climatique. Au Canada, le quart des élèves étrangers sont originaires de l’Inde, un pays aux prises avec certaines de ces difficultés.

Pendant la pandémie, de nombreux élèves étrangers en sont à revoir leur projet de faire des études en Ontario s’ils doivent suivre des cours en ligne à la session d’automne. Selon une estimation, seulement 20 à 25 % des nouveaux élèves étrangers ont l’intention en septembre de s’inscrire à un établissement d’enseignement postsecondaire en Ontario si les cours y sont donnés en ligne.

Afin d’accroître l’attrait exercé par les études au Canada pendant la pandémie, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a récemment annoncé que le temps consacré par les élèves étrangers aux cours mis intégralement en ligne à cause de la COVID-19 peut être comptabilisé relativement à leur admissibilité au Programme de permis de travail postdiplôme, qu’ils se trouvent ou non au Canada. Habituellement, seul le temps consacré aux cours suivis en personne au Canada est comptabilisé. De cette façon, une fois diplômés, les élèves étrangers pourront travailler temporairement au Canada pendant la durée maximale possible. Cela dit, les études en ligne risquent de priver ces élèves des perspectives linguistiques, culturelles et de réseautage supplémentaires que l’enseignement en personne aurait pu leur offrir… de sorte qu’ils pourraient devoir immigrer ultérieurement.

En cette période d’incertitude, il faut ouvrir aux élèves étrangers toutes les perspectives possibles de réussite au Canada.

En cette période d’incertitude, il faut ouvrir aux élèves étrangers toutes les perspectives possibles de réussite au Canada. Déjà, de nombreux rapports font état de tactiques trompeuses employées pour leurrer les élèves étrangers à propos du secteur de l’enseignement postsecondaire de l’Ontario, et les pressions exercées en vue d’accentuer ces tactiques ou d’y recourir encore risquent de s’intensifier actuellement, en période d’incertitude financière.

Les établissements d’enseignement qui s’évertuent à surmonter les épreuves d’ordre opérationnel infligées par la pandémie peuvent prendre certaines mesures pour venir en aide aux élèves étrangers qui font des études au Canada dans le cadre de leur cheminement vers la citoyenneté.

  • Garder les voies de communication ouvertes durant la pandémie. Les établissements d’enseignement doivent se mettre en lien direct avec les élèves étrangers pour les inviter à faire part des besoins, des épreuves et des attentes qui leur sont propres.
  • Veiller à ce que les élèves étrangers soient pleinement au courant des exigences relatives au travail et à l’établissement en permanence au Canada. Il convient d’attirer l’attention des élèves étrangers sur ces exigences durant le processus de demande d’admission en ce qui touche les programmes offerts à chaque établissement d’enseignement.
  • Recueillir des données sur le dénouement des démarches faites par d’anciens élèves étrangers ayant cherché à travailler et à s’établir au Canada, puis les communiquer par anticipation. De telles données faciliteraient grandement la tâche des élèves étrangers à la recherche du programme qui leur convient le mieux.
  • Procurer aux élèves étrangers des ressources supplémentaires pour leur permettre d’améliorer leurs compétences linguistiques et culturelles durant la pandémie. Par exemple, créer des perspectives de réseautage par voie électronique afin que les élèves étrangers puissent faire connaissance avec d’autres élèves de leur établissement d’enseignement et entrer en rapport avec eux.

S’agissant de leurs études, les élèves étrangers se fixent plusieurs objectifs à la fois, dont souvent le rêve de s’établir dans un pays où leur famille et eux pourront s’épanouir. Il importe, d’une part, que les établissements d’enseignement – et le secteur de l’enseignement dans son ensemble – n’oublient jamais l’importance que revêtent aux yeux de ces élèves les avantages et expériences parallèles aux études et, d’autre part, qu’ils prennent bonne note des coûts financiers, sociaux et émotionnels élevés en lien avec l’immigration au Canada pour y faire des études. 

Jeffrey Napierala est chercheur principal et Amy Kaufman est directrice, Politiques, recherche et amélioration des systèmes, au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

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