David Trick et Jackie Pichette — Renforcer les compétences en numératie des élèves à l’université et au collège : quelle est la meilleure voie à suivre?

« Combien d’eau est gaspillée chaque jour au Canada par les personnes qui laissent le robinet couler pendant qu’elles se brossent les dents? »

Comment procéderiez-vous pour répondre à cette question? Vous ignorez probablement le pourcentage de Canadiens qui laissent le robinet couler pendant qu’ils se brossent les dents, mais si vous faites partie d’une vaste cohorte, un sondage auprès de vos camarades de classe pourrait vous servir de point de départ. Idem pour connaître la fréquence ou la durée du brossage des dents chez ces personnes. Il est facile de trouver à combien se chiffre, au total, la population du Canada. Pour estimer le débit d’un robinet, vous pourriez laisser couler l’eau dans un seau pendant une minute puis évaluer le résultat ou tenter de trouver une estimation en ligne.

En élaborant une réponse à cette question, vous exercez et perfectionnez vos compétences en numératie. Vous pensez avec des chiffres, sans nécessairement penser à ceux-ci, afin de résoudre un problème concret. Nul besoin de mathématiques de niveau avancé ici. Il se trouve également que vous faites face à l’une des questions pratiques posées aux élèves dans le cours du professeur Miroslav Lovric.

M. Lovric (Ph. D.) enseigne à l’Université McMaster et dirige le Centre for Mathematics Education du Fields Institute. À l’Université McMaster, dans le cadre du cours au choix « Numbers for Life », qui est très apprécié, il aide des élèves issus d’une vaste gamme de disciplines à acquérir un flair pour les chiffres. L’une de ses façons de procéder consiste à confier des tâches qui exigent un raisonnement arithmétique à propos du changement climatique, comme l’exercice sur le brossage des dents.

Récemment, M. Lovric et sa collègue du Fields Institute, Andie Burazin, professeure adjointe à l’Université de Toronto à Mississauga, ont collaboré avec notre équipe au COQES à la tenue d’un atelier d’une journée sur la numératie. Une trentaine de personnes en provenance d’universités, de collèges, d’organismes de recherche et de ministères ont alors cherché à savoir comment les collèges et universités de l’Ontario peuvent accroître les compétences en numératie des élèves par des moyens qui leur seront utiles sur les plans personnel et professionnel.

Les participants à l’atelier ont souscrit à l’idée que les compétences en numératie, tout comme celles en littératie, jouent un rôle essentiel au sein d’un ensemble de compétences transférables. Dans tous les domaines ou presque, les Canadiens qui aspirent à la réussite professionnelle doivent être capables de se servir des chiffres et de les interpréter selon divers contextes. En ce qui touche notre vie personnelle, nous devons également raisonner en toute confiance à l’aide des chiffres, notamment déchiffrer les étiquettes nutritionnelles, prendre des doses appropriées de médicaments, gérer l’endettement par les cartes de crédit ou épargner en vue de la retraite.

Conscient de l’importance de ces compétences, le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé une nouvelle stratégie quadriennale sur les mathématiques. À compter du printemps, il commencera à mettre en œuvre, pour chaque année du primaire et du secondaire, un cursus révisé en mathématiques dans lequel l’attention sera prêtée aux éléments fondamentaux des mathématiques. Mais ce n’est pas tout! Comme c’est le cas pour les autres compétences transférables, pour maintenir ses compétences en numératie et les améliorer, il faut nécessairement s’en servir. En outre, selon certaines données probantes, il se peut que les étudiants de niveau postsecondaire de l’Ontario aient perdu la main à ce chapitre. Il ressort d’une étude pilote du COQES que 25 % des étudiants des universités et collèges participants avaient atteint les niveaux 1 et 2 dans un test conçu par l’OCDE. De plus, une enquête menée dans cinq universités ontariennes a révélé que près du cinquième des élèves ont affirmé avoir peine à effectuer des tâches de numératie comportant des compétences de base en mathématiques, comme le calcul de pourcentages.

Que peut-on faire pour améliorer les compétences en numératie des élèves de niveau postsecondaire de l’Ontario? Les participants à notre atelier ont eu des idées géniales, comme l’intégration d’un apprentissage davantage axé sur les problèmes dans les cursus universitaires et collégiaux (de même qu’au secondaire), la désignation parmi le corps professoral de responsables en numératie qui peuvent diffuser les connaissances et animer les réseaux d’échange de pratiques, la création d’un référentiel de modules et de ressources en numératie auxquels les établissements d’enseignement de l’Ontario peuvent accéder pour l’intégrer à leurs programmes, de même que la conception et la communication d’évaluations pertinentes pour améliorer continuellement l’enseignement et l’apprentissage de la numératie.

Aux yeux du COQES, l’atelier a permis de faire une incursion importante dans les répercussions concrètes de notre travail sur la numératie. Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires du Fields Institute et les participants. Les constatations permettront de guider nos futurs travaux dans ce domaine.

David Trick est président-directeur général par intérim du COQES; Jackie Pichette est directrice, Politiques, recherche et partenariats.

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