David Trick et Jackie Pichette — Créer des parcours d’accès et éliminer les obstacles

Les Ontariens titulaires d’un grade universitaire ou d’un diplôme d’études collégiales gagnent davantage, en moyenne, que les autres Ontariens. De plus, ils ont tendance à afficher une longévité et une santé supérieures. Voilà ce qui explique pourquoi, au fil des ans, le gouvernement de l’Ontario a mis en œuvre des politiques visant à hausser le niveau de scolarité, et en partie pourquoi la province montre l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde.

Il s’agit là d’une bonne nouvelle qui, hélas, ne se rapporte pas à tout le monde. En effet, chez les 25-34 ans en Ontario, plus de 30 % ne possèdent pas de titre d’études postsecondaires.

Récemment, des enseignants, des étudiants, des administrateurs et des chercheurs du système d’éducation, tous niveaux confondus, se sont réunis pour discuter des raisons d’une telle situation. Quels sont les obstacles qui empêchent certains élèves d’envisager des études collégiales ou universitaires ou d’y accéder, et que pouvons-nous faire pour les éliminer?

En collaboration avec nos merveilleux partenaires de People For Education, nous avons tenu un événement pour bien concevoir les difficultés auxquelles font face les élèves habituellement sous-représentés au niveau collégial ou universitaire : ceux issus de familles à faible revenu, qui appartiennent à une minorité raciale, qui sont handicapés ou dont les parents n’ont pas fait d’études postsecondaires.

Nombreux sont les participants qui ont mis en relief le choix fatidique que les élèves font dès la 8e année : suivre au secondaire des cours théoriques ou pratiques? Nous avons appris des participants que certains élèves reçoivent pour conseil de s’inscrire à des cours pratiques parce que la matière est davantage « concrète ». Or, ces élèves optent alors pour un parcours dans lequel les attentes sont moindres et où ils auront moins tendance à obtenir le diplôme d’études secondaires et à remplir les conditions requises pour faire des études postsecondaires.

Nous avons également appris des chercheurs et des pédagogues que les élèves racialisés, notamment ceux de sexe masculin et de race noire, de même que les élèves issus de familles à faible revenu ont davantage tendance à suivre des cours pratiques. Selon ce qu’ils nous ont révélé, bien que les cours pratiques soient conçus pour donner accès aux études collégiales, seule une minorité d’élèves qui suivent de tels cours au secondaire sont admis dans les collèges de l’Ontario.

Les participants à l’événement se sont penchés sur la façon dont notre système d’éducation peut appuyer de façon optimale les élèves dans l’atteinte de leurs objectifs scolaires. Dans certaines écoles, l’inscription aux cours pratiques n’est plus offerte. Grâce à l’appui supplémentaire que procurent des programmes gouvernementaux ou sans but lucratif, certaines écoles en Ontario mettent à l’essai des initiatives où les élèves qui auraient pu choisir la version pratique des cours d’anglais, de mathématiques ou de géographie, par exemple, suivent plutôt la version théorique. Grâce également à l’appui de tuteurs pédagogiques ou à l’avantage que présentent les classes de taille restreinte, ces élèves réussissent : leurs résultats s’améliorent aux évaluations provinciales, ils affichent des notes supérieures et ils obtiennent en nombre accru leur diplôme d’études secondaires. Le Conseil scolaire du district de Toronto, le plus important au Canada, a amorcé une transition vers une croissance du nombre d’élèves dans le parcours théorique, ce qui contribue en fin de compte à accroître les possibilités d’obtenir le diplôme d’études postsecondaires.

Un groupe d’experts formé d’étudiants nous a incités à réfléchir à la façon dont nos attentes et nos préjugés peuvent influer sur les parcours d’études. Ils ont invité les pédagogues et les décideurs à fixer des attentes élevées et à offrir des mesures de soutien appropriées, de façon à ce que tous les élèves puissent maîtriser la matière dont ils ont besoin afin d’obtenir leur diplôme et de remplir les conditions requises pour faire des études supérieures. Ce groupe, composé de représentants de l’Ontario Undergraduate Student Alliance, de l’Association des élèves conseillers et conseillères de l’Ontario, de la Commission des étudiants du Canada et de la College Student Alliance, nous a révélé que la prise de conscience des inégalités raciales ou des privilèges liés aux attentes permet de changer la dynamique de la classe et d’habiliter les élèves qui autrement auraient pu se sentir vulnérables ou invisibles.

Grâce à de tels événements comme celui-ci, le COQES a le privilège de lancer des conversations qui mobilisent les gens à l’échelle du système d’éducation, et ce, dans l’intérêt supérieur des élèves. Nous continuerons de nous pencher sur les obstacles qui jonchent le parcours vers l’enseignement supérieur ainsi que les façons de les éliminer, avec l’aide de partenaires utiles tels que People for Education. Nous sommes reconnaissants aux nombreux praticiens et experts avec qui nous avons pu concevoir clairement les enjeux en question.

David Trick est président-directeur général par intérim du COQES; Jackie Pichette est directrice, Politiques, recherche et partenariats.

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