Harvey P. Weingarten — Compétences et enseignement postsecondaire : prochaines étapes?

Harvey P. Weingarten, Président-directeur général

Nous avons récemment publié une série de rapports décrivant les niveaux de compétences des étudiants qui commencent les études postsecondaires et de ceux qui obtiennent leur diplôme. L’observation la plus révélatrice formulée dans ces rapports est que trop peu de nouveaux diplômés possèdent des compétences supérieures en littératie et en numératie et qu’un trop grand nombre – environ un sur quatre – présentent des niveaux de littératie et de numératie inadéquats pour réussir sur le marché du travail actuel.

Comme nous l’entendons souvent, le rendement global du Canada en littératie et numératie est concurrentiel par rapport à celui d’autres pays (nous avons délibérément utilisé des tests qui permettent d’établir des comparaisons avec d’autres administrations). Mais nos données portent à croire que même si notre rendement moyen peut être considéré comme bon, notre système d’éducation laisse trop d’étudiants derrière. Rappelons également que nos recherches portaient sur les diplômés de niveau postsecondaire – les personnes dont les compétences liées à l’emploi devraient normalement être moyennes, sinon supérieures. Nos conclusions sont décourageantes dans le cas d’un petit pays comme le nôtre, dont la capacité de réussir sur la scène internationale et de soutenir une économie robuste et concurrentielle dépend d’un flux constant de citoyens et de travailleurs novateurs et talentueux.

Ce qui m’a le plus frappé au sujet des réactions à notre rapport, c’est que bien peu de gens ont exprimé de la surprise par rapport à nos constatations. Peut-être aurais-je dû m’y attendre, étant donné les doléances que nous recevons régulièrement des enseignants de niveau postsecondaire, qui se plaignent des compétences de leurs étudiants (sans égard aux cyniques qui prétendent que les professeurs se plaignent constamment de leurs étudiants), ainsi que des employeurs (en anglais), qui soulignent les lacunes qu’ils observent parmi les compétences des personnes qu’ils embauchent et, de plus en plus, des étudiants (en anglais) eux-mêmes, quand ils nous parlent des compétences qu’ils ont acquises pendant leurs études postsecondaires.

Maintenant que l’observation a été faite, quelles sont les prochaines étapes? Le COQES envisage deux options essentielles.

La première consiste à déterminer pourquoi nous constatons un meilleur perfectionnement des compétences dans certains cas et non dans d’autres. Pour ce faire, nous devons, en collaboration avec les établissements d’enseignement postsecondaire, mener un ensemble d’expériences rigoureuses et bien conçues semblables au premier essai de l’Initiative des aptitudes essentielles chez les adultes (IAEA) mais en sélectionnant plus rigoureusement les échantillons des matières et en optant pour une conception longitudinale afin de mesurer les résultats des mêmes étudiants au début de leurs études et à l’obtention de leur diplôme. La bonne nouvelle, c’est que notre projet initial d’IAEA nous a montré comment ces expériences devraient être réalisées. Comme nous l’avons mentionné dans notre rapport, l’IAEA nous a permis de régler les problèmes liés à la protection des renseignements personnels, à la logistique, à l’éthique et à la technologie qui se présenteront inévitablement quand nous ferons les essais pilotes à l’échelle provinciale ou nationale. Nous nous efforçons de réaliser ces essais élargis et plus sophistiqués qui nous permettront de répondre à certaines des questions délicates, sérieuses et critiques soulevées par notre projet pilote initial. À notre connaissance, aucun autre grand système postsecondaire n’a intégré la mesure des compétences à ses pratiques. Nous estimons que l’une des prochaines avancées dans l’enseignement supérieur consistera à mettre l’accent sur l’enseignement, la mesure et la reconnaissance des compétences, tout comme on le fait pour le contenu relatif aux diverses disciplines. L’engagement de l’Ontario à mesurer les compétences de façon exhaustive permettrait à notre système de figurer parmi les plus novateurs et les plus progressifs.

La deuxième option essentielle consiste à déterminer comment enseigner les compétences de façon efficace et efficiente. Il y a beaucoup de gens qui font la promotion des avantages de l’apprentissage expérientiel, des classes inversées, de la technologie numérique, des systèmes de réponse pour groupes, etc. Toutefois, il est essentiel de soumettre ces pratiques à une évaluation sérieuse pour déterminer si elles produisent les résultats d’apprentissage et le perfectionnement des compétences qu’elles promettent. C’est pourquoi nous avons récemment publié une déclaration d’intérêt visant les organisations et établissements qui sont prêts à mener des expériences afin de déterminer les meilleures façons d’enseigner les compétences en question.

Le défi que pose l’enseignement efficient et efficace des compétences ne s’applique pas uniquement aux étudiants de 18 à 24 ans qui fréquentent nos établissements postsecondaires traditionnels. Il y a de nombreuses personnes qui, en raison de déménagements ou de fermetures d’usines (pensez à General Motors) (en anglais), de l’automatisation ou du simple désir d’améliorer leur vie, chercheront à améliorer leurs compétences. La meilleure chose que nous pouvons faire pour concrétiser notre engagement théorique à l’égard de l’apprentissage continu est de fournir à ces personnes des programmes souples, efficaces et efficients pour améliorer leurs compétences. Comme je l’ai fait valoir ailleurs (en anglais) cela pourrait nous amener à tenir compte des établissements d’enseignement postsecondaire qui diffèrent des établissements traditionnels.

Le défi du perfectionnement des compétences ne s’atténue pas. En fait, l’urgence de bien le faire est soulignée chaque jour. Le système d’éducation publique du Canada représente le plus important investissement de notre pays dans la formation professionnelle, malgré les nombreux programmes de formation professionnelle spécialisés ou « sur mesure ». Il est impératif que nous tirions parti de l’énorme investissement du Canada dans l’éducation publique pour que notre pays et nos citoyens soient outillés pour soutenir une économie compétitive et profitent des possibilités et des rendements économiques qui maintiennent la qualité de vie souhaitée par les Canadiens.

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article.

One response to “Harvey P. Weingarten — Compétences et enseignement postsecondaire : prochaines étapes?”

  1. Comme je suis heureux de constater que des gens se préoccupent de la qualité de l’enseignement universitaire, non plus uniquement en termes de stratégies pédagogiques à exploiter (le « comment » enseigner), mais en termes de résultats concrets en matière de développement des compétences informationnelles chez les étudiants eux-mêmes. Vos travaux éveillent en moi un vif intérêt car, ayant dirigé une étude dont le but consistait à expérimenter les processus de mesure et d’évaluation de la qualité des pratiques actuelles de développement des compétences informationnelles au sein de six universités québécoises, j’ai été à même de constater un important problème de collaboration au sein de l’ensemble des acteurs impliqués. Cet absence de collaboration n’est pas étrangère au fait que même si, depuis une quinzaine d’années, on ne cesse d’implanter de nouvelles pratiques pédagogiques dans l’enseignement post-secondaire, les étudiants ne développent pas davantage leurs compétences informationnelles. Je suivrai vos travaux avec grand intérêt. Félicitations!! (à titre d’information, l’adresse du site web précisé ci-haut dirige vers notre rapport de recherche en format numérique au cas où il pourrait s’avérer d’une quelconque utilité).

    Guy Bélanger
    Professeur associé
    Université du Québec à Rimouski

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *