Jackie Pichette — Qu’est-ce qu’un badge?

Un robot peut gérer des investissements, le téléphone de mon frère peut reconnaître son visage et je peux obtenir un badge numérique pour avoir participé à un webinaire… Bienvenue dans l’économie numérique.

À mesure que des tâches routinières et répétitives sont prises en charge par la technologie, on attend des employés de cette troisième révolution qu’ils gèrent le développement des produits, innovent et apprennent sur le tas. Les employeurs exigent donc des compétences de plus en plus de complexes.

Au beau milieu de cette transformation, les badges numériques sont apparus comme une façon de reconnaître le perfectionnement continu des compétences (en anglais), et de signaler aux employeurs que les candidats possèdent les compétences requises.

Si vous n’avez jamais vu de badges numériques, ils ressemblent à des versions numériques des badges des scouts de notre jeunesse. On les trouve en ligne (p. ex. sur LinkedIn ou dans un portefeuille électronique) et ils sont habituellement intégrés aux métadonnées sur l’émetteur ou aux raisons pour lesquelles le badge a été attribué.

Dans tous les secteurs, l’industrie, le gouvernement, l’éducation, on note une volonté croissante de créer et d’utiliser des badges comme moyen de reconnaître les compétences dans un monde numérique. Et en tant que personne travaillant à l’évaluation des compétences, je trouve ça très emballant!

Mais (il y a toujours un mais), dans la majorité des cas que j’ai observés, les badges sont adoptés sans prêter attention aux homologues du titre dans l’enseignement fondé sur les compétences (l’enseignement et l’évaluation). Ils sont revendiqués pour avoir regardé passivement un webinaire, s’être présenté à une conférence ou avoir réalisé un travail de groupe, sans que personne ne vérifie la contribution du titulaire du badge ou l’étendue de ses compétences ou de sa base de connaissances.

Cela pose problème parce que sans changement sous-jacent de l’approche de l’enseignement ou de l’évaluation, les badges numériques risquent de devenir une prolongation insignifiante du statu quo (en anglais.)

Jeffrey Selingo fournit un bon contexte dans son rapport pour le Chronicle of Higher Education intitulé « The Future of the Degree ». Il écrit : « Les économies industrielles se concentrent sur les processus communs. La durée et le processus sont fixes, les résultats sont variables. En revanche, les économies de l’information se concentrent sur les résultats. Le processus et la durée sont variables. Sur le plan de l’éducation, cela signifie que le système industriel est axé sur l’enseignement et le temps passé en classe. Le système de l’économie de l’information est axé sur l’apprentissage. Les durées sont variables; la maîtrise est la clé. » (Traduction)

Je pense que les badges ne feront avancer notre système d’éducation en phase avec l’économie que s’ils sont accordés sur la base de la maîtrise. Pour cela, les émetteurs doivent d’abord :

• Faire le point sur les compétences et les concepts mesurables qu’ils visent à reconnaître;
• S’assurer que les étudiants ont l’occasion d’acquérir et de démontrer ces compétences et concepts;
• Déterminer comment évaluer la progression vers la maîtrise. (Remarque : cela exige de ne plus administrer les tests à choix multiples qui ont rythmé toute ma carrière universitaire et de passer à une évaluation formative.)

Ce n’est qu’une fois que nous aurons clairement défini les résultats d’apprentissage et conçu des processus valides pour évaluer ces résultats que nous pourrons attribuer un nouveau titre de compétences dans n’importe quelle devise dans l’économie numérique. Dans le cas contraire, nous risquons de mettre la charrue avant les boeufs (ou la voiture sans conducteur avant le code), en utilisant les nouvelles technologies pour reconnaître les anciennes approches en matière d’enseignement et d’apprentissage (c.-à-d. les badges pour le temps passé en classe qui n’apportent rien à l’apprenant et à l’employeur).

Jackie Pichette est Chercheuse principale et (intérimaire) gestionnaire, Centre d’évaluation des résultats d’apprentissage au COQES.

One response to “Jackie Pichette — Qu’est-ce qu’un badge?”

  1. Votre analyse de l’utilisation des badges numériques est très intéressante. Nous les avons utilisés dans le cadre du nouvel outil de formation en pédagogie universitaire https://enseigneraluniversite.com/. L’outil a été lancé au début du mois et nous avons bien hâte de voir si les badges seront utilisés par les enseignants universitaires pour la reconnaissance de leur formation.

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