Fiona Deller et Martin Hicks — La réponse, c’est le numéro d’immatriculation scolaire de l’Ontario!

Le dévoilement du budget provincial de 2017, jeudi, nous rappelle que le budget de l’an dernier annonçait (en grande pompe) la réforme du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO). Cette réforme avait pour but d’encourager et de soutenir un plus grand nombre de jeunes à faible revenu afin qu’ils poursuivent des études postsecondaires. Comme le COQES l’a déjà affirmé, c’est une excellente idée!

Toutefois, pour établir si la réforme produit les résultats escomptés, il faut en savoir plus sur les jeunes à faible revenu et sur leur accès – ou manque d’accès – aux études postsecondaires en Ontario. Il faut pouvoir mesurer leur taux de participation au fil des ans pour déterminer si les changements apportés au RAFEO ont des effets réels.

Statistique Canada a récemment publié un rapport de Marc Frenette qui jette de la lumière sur la question. À l’aide de données sur le crédit d’impôt pour études tirées des dossiers fiscaux – la meilleure source de renseignements sur le revenu au Canada –, le chercheur a créé un échantillon pluriannuel de jeunes âgés de 19 ans qui ont fait des études postsecondaires, puis il a saisi le revenu familial des étudiants et l’a comparé au revenu de la population générale. Il a constaté que les taux de participation sont à la hausse, tant globalement que chez les jeunes issus des familles canadiennes du quintile de revenu inférieur.

C’est un début. L’approche fondée sur le crédit d’impôt pour études est probablement la meilleure qui soit à l’heure actuelle. Mais comme toute approche, elle présente des limitations. Supposons que l’on veuille savoir où les jeunes à faible revenu vont pour étudier, à quels programmes ils s’inscrivent et s’ils obtiennent leur diplôme, ou que l’on veuille déterminer quels facteurs autres que le revenu contribuent à hausser ou à abaisser les taux de participation, si des interventions remontant aussi loin que l’école primaire influent sur la poursuite d’études supérieures 15 ans plus tard ou encore, l’incidence de l’accès au RAFEO. Les dossiers fiscaux, à eux seuls, ne nous éclairent sur aucun de ces aspects.

Mais il a moyen d’y parvenir. Les diverses données administratives qui sont recueillies par le système scolaire de l’Ontario et son système d’enseignement supérieur peuvent en dire long sur les obstacles qui existent et la façon de les éliminer, ainsi que sur ce qui fonctionne bien et moins bien. Si nous pouvions relier ces données les unes aux autres, puis les mettre en rapport avec les données fiscales sur le revenu comme Marc Frenette l’a fait, nous pourrions mieux comprendre en quoi la réforme du RAFEO aide les jeunes à poursuivre des études et à qui cette réforme profite. Nous pourrions aussi avoir un portrait plus clair de l’incidence de la réforme sur les taux de participation par quintile de revenu, et des types de rendement du capital investi auxquels la population et les gouvernements peuvent s’attendre.

Existe-t-il un outil qui nous permettrait de suivre les étudiants de l’Ontario depuis l’école secondaire jusqu’aux études postsecondaires, de relier entre elles toutes ces bases de données, et de déterminer si le RAFEO et d’autres changements de politiques et de programmes incitent un nombre plus élevé d’étudiants à faible revenu à poursuivre des études postsecondaires?

Bien entendu, si vous nous suivez, vous vous doutez bien de la réponse : c’est le numéro d’immatriculation scolaire de l’Ontario! Nous devons absolument l’utiliser. Il faut permettre aux chercheurs d’examiner les taux de participation, les tendances démographiques et l’incidence des changements de politiques et de programmes. Plus nous ouvrons nos données, plus nous pourrons avoir des échanges utiles sur ce qui fonctionne bien et moins bien dans le soutien que nous offrons aux étudiants.

Nous sommes conscients des préoccupations liées à la protection des renseignements personnels. Elles sont justifiées, mais nous sommes en mesure d’y répondre. Les gouvernements de la Colombie-Britannique et de l’Alberta y sont parvenus. Ces provinces utilisent toutes deux un identifiant unique qui permet de suivre les progrès des apprenants. Le gouvernement et les décideurs peuvent ainsi prendre des décisions qui servent le mieux les intérêts des étudiants, c’est-à-dire des décisions fondées sur des données probantes, qui sont à la base de toute politique publique efficace.

Nous voulons tous que les jeunes de l’Ontario aient un accès plus équitable aux études postsecondaires. Toutefois, pour pouvoir déterminer si nous sommes en bonne voie d’atteindre cet objectif et si les mesures que nous prenons ont l’effet escompté, nous devons en savoir plus sur les étudiants ontariens.

À l’heure actuelle, nous ne faisons que lancer des idées de politiques et de programmes dans un trou noir d’hypothèses et de bonnes intentions. Le temps est venu de faire la lumière sur le processus, et il serait très facile de le faire.

Fiona Deller est directrice principale de la recherche et des politiques au COQES. Martin Hicks est directeur des données et des statistiques au COQES.

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