Martin Hicks et Fiona Deller – Hommage aux données utiles

Ceux et celles d’entre nous qui s’intéressent aux faits plutôt qu’aux anecdotes ont toujours su que l’implosion alléguée des possibilités d’emploi pour les diplômés de l’enseignement supérieur n’est pas une réalité. Au COQES, nous avons des publications sur la question. Voilà pourtant que survient une percée importante, un pas en avant significatif dans notre compréhension fondée sur les données des résultats des diplômés des collèges et universités du Canada. Nous parlons de Barista or Better, le dernier rapport de recherche du laboratoire de Ross Finnie à l’Université d’Ottawa.

Le Canada a réalisé dans le passé des enquêtes auprès des diplômés afin de recueillir de l’information sur les emplois et les revenus après l’obtention d’un diplôme. Pendant de nombreuses années, les résultats de ces enquêtes ont constamment fait état de leur réussite. Toutefois, lorsqu’il s’agit de générer de l’information sur le revenu, les enquêtes viennent au deuxième rang. Plus on reporte le travail sur le terrain, plus le taux de réponse est faible. Moins on attend, plus les résultats se limitent au court terme. En outre, peu importe à quel moment l’enquête est menée, on peut se demander dans quelle mesure les personnes qui choisissent de participer sont représentatives et se rappellent avec  exactitude leurs revenus antérieurs.

Finnie, et ses collègues et partenaires (divulgation— nous en étions), des fonctionnaires fédéraux d’Emploi et Développement social Canada et de Statistique Canada, ainsi que 14 collèges et universités ont mieux fait les choses. Ils ont formé un partenariat et fusionné les dossiers de leurs diplômés (qui a obtenu un diplôme et de quel programme) avec les données fiscales (ce qu’ils ont gagné au cours des huit années qui ont suivi la fin de leurs études). Pas besoin de trouver les diplômés, de communiquer avec eux et de les ennuyer avec des questions. Les résultats : des données riches, exactes et complètes qui confirment que les diplômés obtiennent de très bons résultats sur le marché du travail et qui révèlent les tendances touchant les cohortes, programmes d’études et années en emploi.

Toutefois, les résultats ne sont pas la meilleure partie de l’histoire. La meilleure partie est que cela ait été possible. Cela a été possible au Canada, malgré les obstacles tenaces à la combinaison d’ensemble existants de données de façon novatrice faisant une différence. Nous constatons trop souvent l’existence d’une culture de la propriété protectrice des données et d’anxiété à propos de leurs imperfections. Nous sommes témoins d’une interprétation erronée répandue des lois sur la protection de la vie privée qui nous amène à nous demander si la question est vraiment soulevée pour éviter la divulgation. Nous voyons un manque d’imagination quant aux utilisations des données pour prendre de meilleures décisions, générer de meilleurs résultats pour les étudiants et dépenser plus judicieusement les fonds publics. Nous voyons également un manque de leadership pour renverser le statu quoi protégé. Le travail sur les données, aussi complexe qu’il puisse sembler, est un jeu d’enfant comparativement aux obstacles humains. Nos félicitations aux partenaires de cette étude pour avoir déjouer tous ces obstacles.

Nous devrions maintenant réorienter notre intérêt et plutôt que de nous demander si les diplômés, en général, réussissent bien (la réponse est oui), nous interroger sur la courbe de distribution des revenus individuels. Combien se situent au bas de la courbe, réussissant moins bien, et qui sont-ils? D’où viennent-ils? Peut-on les repérer au début des études ou s’agit-il d’un phénomène aléatoire? Qu’en est-il des personnes qui ne figurent pas du tout dans les études sur les diplômés parce qu’elles n’ont jamais atteint la porte d’entrée aux études supérieures?

Nous disposons des données nécessaires pour étudier ces questions et de nombreuses autres. En Ontario, nous avons recueilli des données sur les étudiants à partir de leur enfance jusqu’à la fin de leurs études postsecondaires; des données riches assorties de renseignements généraux sur les étudiants et leur rendement scolaire. Si nous fusionnons ces données et celles de Finnie, nous pourrions générer instantanément des études longitudinales remontant dans le temps et se projetant dans le futur, et tirer des conclusions au sujet des personnes qui ne se sont jamais rendues jusque là.

Le fil conducteur est le numéro d’immatriculation scolaire de l’Ontario. C’est ce qui apparie ces données. Chaque étudiant de la province possède un tel numéro, mais nous utilisons très peu à ce jour l’information qu’il nous donne pour toutes les raisons mentionnées précédemment. D’autres administrations en Amérique du Nord attribuent un numéro semblable et utilise les données qui y sont associées de façon extraordinaire. Elles s’en servent pour déterminer qui fera des études postsecondaires et qui n’en fera pas; qui réussit et qui a besoin d’aide; la mobilité des étudiants entre établissements et programmes et vers le marché du travail; à quel moment ils abandonnent le système; et de quelle manière les programmes devraient être conçus pour aider les étudiants et quels sont ceux dont les efforts se révèlent fructueux.

L’élaboration de politiques fondées sur des faits – vous connaissez? Avec un peu de détermination et de concentration, nous pourrions faire pareil.

Martin Hicks est directeur des données et des statistiques, COQES, et Fiona Deller est directrice principale de la recherche et des politiques, COQES.

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