David Trick – Prendre l’apprentissage au sérieux

Photo de David Trick

Blogueur invité : David Trick

Il m’est arrivé à l’occasion de reprocher à mes amis des universités et collèges de ne pas connaître suffisamment le système de l’autre, je dois avouer mes propres lacunes : je n’ai pas porté assez d’attention à la formation en apprentissage. Pour des raisons historiques et institutionnelles, la formation en apprentissage en Ontario est souvent perçue comme extérieure au contexte de l’éducation postsecondaire.

J’ai donc été particulièrement heureux de passer deux jours en compagnie d’administrateurs et d’enseignants de la formation en apprentissage, d’apprentis et de chercheurs de l’Ontario, de l’Alberta, de la C.-B., des États-Unis et de l’Europe, dans le cadre de la conférence Sur le terrain organisée récemment par le COQES.

Ce groupe était impressionnant. Certains des défis qu’ils doivent relevés seront familiers aux gens de toutes les composantes du système d’enseignement supérieur. Les instructeurs qui enseignent la partie théorique des cours d’apprentissage essaient de trouver des formes efficaces d’apprentissage en ligne. Les administrateurs tentent de sévir contre les employeurs qui voient les apprentis comme de la main-d’œuvre bon marché et ne leur offre qu’un apprentissage minimal. Les porte-parole du domaine cherchent des modèles de rôle qui encourageront plus de jeunes gens à devenir apprentis. (Si vous n’avez jamais vu Leave it to Bryan à HGTV, je peux vous dire queBryan Baeumler est une vedette du rock chez les jeunes apprentis du secteur de la construction.)

J’ai constaté avec étonnement, en écoutant les exposés, que bon nombre des questions difficiles qui touchent d’autres composantes de l’enseignement postsecondaire s’appliquent également à la formation en apprentissage.

 

  • Si les métiers d’apprentissage sont importants, pourquoi est-ce si difficile de devenir apprenti? La première démarche des apprenties et apprentis éventuels est de trouver un employeur qui leur donnera une formation. Pour une personne n’ayant aucun lien antérieur avec le métier (que nous appellerions étudiant de première génération dans d’autres contextes), la tâche ne sera pas facile. Dans de nombreux métiers, les ouvertures sont rares. Il n’existe pas de trajectoire comparable à celles des sites Web du CDAUC et du SACO. Un participant à la conférence a dit qu’il fallait tirer des ficelles pour trouver un placement pour un nouveau venu. Un autre a souligné que si l’entrée à l’université ou au collège était aussi difficile que l’entrée en apprentissage, nous ne connaîtrions pas un enseignement supérieur de masse en Ontario.
  • Importe-t-il que les taux d’achèvement de la formation en apprentissage soient bas? Christine Laporte, de Statistique Canada, a mentionné une étude récente de Patrick Coe, selon laquelle le taux d’achèvement dans l’ensemble du Canada était d’environ 40 % durant les années 2000. Comparativement, le taux d’achèvement des programmes postsecondaires collégiaux est de 65 % et celui des programmes universitaires (niveau d’entrée) de 74%. Certains participants ont soutenu que dans les domaines où la certification n’est pas obligatoire, les apprentis qui ne terminent pas leur programme s’en tirent à peu près aussi bien sur le marché du travail que ceux qui le terminent. Au moins quelques participants croyaient que le taux d’achèvement serait plus élevé si le titre obtenu était un grade plutôt qu’un certificat.
  • De quelle manière les programmes d’apprentissage se comparent-ils aux programmes des universités et collèges? La formation en apprentissage est une forme d’apprentissage axé sur le milieu de travail, comme le sont les programmes coopératifs des collèges et universités. Comment les intrants et extrants de ces programmes se comparent-ils? Certains programmes postsecondaires seraient-ils mieux enseignés en tant que programmes d’apprentissage et vice versa? Est ce important qu’il y ait un nombre beaucoup plus grand de métiers d’apprentissage en Ontario qu’en Alberta ou en C. B., ou que les domaines d’études soient très différents de ceux de l’Allemagne?
  • De quelle manière la formation en apprentissage s’harmonise-t-elle avec les besoins de l’économie? Chaque université et chaque collège doit répondre à cette question au sujet de ses programmes et il est raisonnable de la poser pour la formation en apprentissage. En elle-même, elle remplit une mission importante en préparant les travailleurs des métiers spécialisés, en particulier de la construction et de l’industrie. Cependant, peu de données étant recueillies sur les résultats des finissants, les faits sont difficiles à documenter. Entre temps, comme c’est le cas pour tous les secteurs de l’enseignement supérieur, certains programmes semblent anormaux : on peut se demander pourquoi le plus important programme d’apprentissage est celui des agents de centre d’appel.
  • De quelle manière élargissons-nous l’enseignement axé sur le milieu de travail dans une économie concurrentielle et turbulente? Chaque composante du système d’enseignement supérieur cherche comment fournir un apprentissage en milieu de travail sur une grande échelle. Les gros employeurs réduisent leur effectif et en raison des pressions exercées par la concurrence et peuvent plus difficilement se permettre d’embaucher des étudiants. Les compressions touchent les apprentis, les internes, les étudiants des programmes coopératifs et même les étudiants en droit. Les petits employeurs pourraient prendre le relais, mais les aspects logistiques du placement et de la supervision d’étudiants chez des centaines de petits employeurs relèvent du cauchemar. Plusieurs participants ont parlé en faveur d’incitatifs financiers à la formation par les employeurs, comme le système de subvention par prélèvement du Québec.

Il y a eu quelques lueurs d’espoir parmi toutes ces questions difficiles. Brandi Jonathan et Kim Radbourne ont tous les deux fait état des succès obtenus dans la préparation à des métiers de jeunes de la bande des Six Nations de Grand River et de la Moose Cree First Nation respectivement. Les participants des syndicats, de l’industrie et d’ONG ont décrit de nouvelles approches adoptées pour intéresser les femmes et les jeunes aux métiers d’apprentissage et promouvoir la mobilité interprovinciale. La formation en apprentissage est un sujet important pour les chercheurs et les analystes de la politique qui veulent mieux comprendre le fonctionnement du système d’enseignement supérieur.

David Trick est président de David Trick and Associates Inc., experts-conseils en stratégie en matière d’enseignement supérieur et en gestion de l’enseignement supérieur.

À notre avis, les blogueuses et blogueurs invités expriment leurs propres avis, et pas nécessairement ceux du COQES.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *